Depuis le 1er juin 2007, la Loterie Nationale possède un nouvel administrateur délégué. Et qui dit nouvel homme de barre dit bien sûr vent nouveau dans l'entreprise. Petite enquête sur la carrière, la vision et les ambitions de M. Ivan Pittevils.
“Poursuivre le travail sans relâche!”
Pouvez-vous retracer brièvement votre carrière jusqu'à votre arrivée à la tête de la Loterie Nationale?
J'ai étudié les Sciences Economiques et le Droit Fiscal, avant d'oeuvrer 22 ans au Ministère des Finances, d'abord en qualité de contrôleur fiscal puis d'analyste d'application, puisque j'ai entre-temps étudié l'informatique. En 1990, j'ai rejoint le service d'étude du Ministère des Finances, où j'ai noué de nombreux contacts avec le monde académique. C'est grâce au travail scientifique effectué là-bas que le chef de cabinet du Premier ministre Verhofstadt m'a invité en 1999 à intégrer leur cabinet. De là, il n'y avait plus qu'un pas à franchir pour devenir chef de cabinet du Ministre de l'Economie, de l'Energie, du Commerce Extérieur et de la Politique Scientifique. C'est la dernière fonction que j'ai remplie avant de devenir CEO ici le 1er juin.
Cette vaste expérience vous confère un sérieux bagage pour la mission que vous menez au sein de la Loterie Nationale.
Je retrouve pas mal de points de convergence, en effet. Tant au cours de ma formation que de mes activités professionnelles, j'ai eu l'occasion de me familiariser au domaine de la taxe sur les jeux et paris. Pour pouvoir appliquer cette taxe, il faut connaître les jeux de hasard et comprendre les rouages de ce marché. De plus, mon expérience de contrôleur fiscal m'a mis en contact avec de nombreuses entreprises et m'a de ce fait beaucoup appris sur le fonctionnement de la vie d'entreprise. Vous vous trouvez dans une situation privilégiée où les dirigeants d'entreprise doivent vous expliquer, chiffres à l'appui, pourquoi ils ont pris telle ou telle décision. Enfin, j'ai appris à diriger des équipes, et cela, c'est une expérience que l'on doit acquérir sur le terrain.
Vous aviez déjà une solide connaissance du champ d'activité de la Loterie Nationale avant d'en prendre la direction le 1er juin.
Comme je m'étais familiarisé au domaine de la taxe sur les jeux et paris durant ma période en tant que fiscaliste, j'ai été chargé, au cabinet du Premier Ministre, de préparer les notes pour le Conseil des Ministres. Chaque fois qu'un nouveau jeu est lancé ou que le règlement d'un jeu se modifie, le Ministre de tutelle en avise le Conseil des Ministres. Chaque année, le Ministre de tutelle soumet également au Conseil des Ministres un AR actant la répartition provisoire des gains de la Loterie Nationale. C'est ce qui m'a permis de mesurer pour la première fois l'importance du rôle social de la Loterie! Au cours de ma période au cabinet de Marc Verwilghen, celui-ci m'a également demandé de le représenter à la Commission des jeux de hasard. Ce qui m'a donné l'occasion de découvrir la philosophie qui se cache derrière la législation sur les jeux de hasard. Enfin, durant les derniers mois qui ont précédé mon arrivée, j'ai lu beaucoup de littérature au sujet de la Loterie Nationale: la législation, les statuts, les contrats de gestion, les rapports annuels, le site Internet, et j'en passe.
Avez-vous également tâté le terrain des librairies au cours de votre période de rodage?
Outre mon point de vente Lotto habituel à Wezemaal – qui fait en même temps office de pressing et vend des croissants et des couques au beurre le matin! –, j'ai visité un grand nombre de librairies ‘incognito’.
Vous êtes fiscaliste mais aussi économiste. Or, la Loterie Nationale n'est pas régie par les seules lois économiques. Sa dimension sociale est extrêmement importante et protégée par sa position monopolistique, laquelle fait l'objet de discussions.
Je suis particulièrement attentif à cette question! J'ai fait mon entrée ici le 1er juin, et le 10 juin avaient lieu les élections. Avant la dissolution du parlement, il était impossible de faire approuver par celui-ci une nouvelle loi sur les jeux de hasard. C'est pourquoi j'ai fait adresser au formateur un mémorandum articulé autour de deux grands points: la défense du monopole au niveau européen et un bon cadre législatif au niveau national pour nous permettre de remplir notre devoir de canalisation, pour lutter contre l'assuétude au jeu, pour offrir le plaisir du jeu socialement responsable et pour soutenir des tas d'initiatives sociales via les subsides et le sponsoring. Sur un chiffre d'affaires d'environ 1,2 milliard d'euros, nous reversons environ la moitié aux gagnants, plus de 500 millions d'euros retournent d'une manière ou d'une autre à la société. Sans compter que nous employons 350 personnes et que nous constituons une importante source de revenus pour 6.200 points de vente. Or, les sociétés de jeu illégales qui débarquent de l'étranger sur Internet redistribuent 90% du produit de leurs jeux aux gagnants. J'estime donc important qu'elles soient soumises au même code éthique que nous!
Ces nouvelles techniques de type jeux en ligne ne risquent-elles pas de diminuer l'attrait, et donc les revenus des magasins de journaux?
Je ne suis certainement pas de cet avis! Nous constatons en effet que dans la tranche des moins de 35 ans, beaucoup de gens s'informent sur Internet et ne se rendent plus chez le libraire. Sur cet Internet, la part des sociétés de jeux en ligne augmente. Il est de notre devoir de canalisation de recourir également à ces canaux pour offrir une alternative socialement responsable. Mais c'est à d'autres joueurs que nous nous adressons par ce nouveau canal! Il y a 6.200 points de vente avec lesquels nous faisons du beau boulot et qu'il convient de soigner et soutenir de notre mieux. C'est ce que nous faisons à travers un éventail de produits dynamiques, un large soutien publicitaire et la fourniture de conseils et d'équipements. Nous les aidons ainsi à rendre leur magasin plus attrayant, ce qui contribue évidemment à augmenter notre chiffre d'affaires et le leur. Et ça, c'est une situation qui ne changera pas. La Loterie Nationale a pour mission de soutenir un grand nombre de bonnes actions dans les domaines culturel, social et sportif.
Où se situent vos affinités personnelles à ce niveau?
Un agenda de travail de 80 heures par semaine laisse hélas peu de temps pour les hobbies ou les affinités personnelles. Mais le cyclisme est une discipline que je suis depuis mon époque estudiantine. Ce sera l'un de mes chevaux de bataille pour les mois qui viennent. Le contrat de sponsoring avec l'équipe cycliste arrivant à échéance à la fin de l'année prochaine, ce n'est pas le genre de dossier à laisser traîner jusqu'au milieu de l'année prochaine. Le cyclisme vit des temps difficiles.
Les affaires de dopage influencent-elles les décisions, comme c'est le cas pour d'autres sponsors?
Heureusement, en Belgique, tout le monde est innocent, jusqu'à preuve du contraire! Je sais aussi que la politique menée par les managers d'équipe est celle de la prévention et de la discipline maximales. On ne peut évidemment pas contrôler chaque coureur à tout moment, mais l'esprit qui règne au sein de l'équipe est de nature à m'inspirer la plus grande confiance! En dehors du cyclisme, j'aime beaucoup la peinture et je suis un grand amateur de musique. A Bruxelles, il m'arrive souvent d'aller écouter un concert à La Monnaie, mais le rock me plaît aussi! Je n'habite pas loin de Werchter et je n'ai raté aucune des 25 dernières éditions. Même si la version classique est sans doute plus adaptée à mon âge!
En guise de conclusion, quelles ambitions nourrissez-vous pour la Loterie Nationale?
De toute façon, celle de veiller à ce que la Loterie Nationale devienne une entreprise encore plus performante, avec une offre toujours attractive à travers ses milliers de points de vente. Mais aussi à travers de nouveaux canaux de distribution, pour remplir à ce niveau aussi sa vocation de canalisation et offrir ainsi au joueur le plaisir du jeu responsable, tout en générant des moyens pour continuer à soutenir d'importantes initiatives. Bref, j'ai l'ambition de poursuivre le travail, sans relâche!